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Bangladesh : des industriels usés par la course aux bas prix

Le Bangladesh ne veut plus se contenter des productions d’entrée de gamme. C’est le message qu’étaient venus adresser les industriels locaux à l’occasion des salons Texworld-Apparel Sourcing, où ils ont rappelé le décalage entre l’exigence publique des grandes marques donneuses d’ordres et les investissements directs menés par celles-ci auprès de leurs fabricants.

« Nous sommes reconnaissants à tous les acheteurs qui ont aidé le Bangladesh à développer son industrie du textile-habillement depuis plusieurs décennies, explique Abdullah Zaber, dirigeant du façonnier Zaber & Zubair. Le Bangladesh est maintenant expert dans ce domaine. L’industrie internationale devrait tirer partie de cette expertise et lui donner des opportunités. J’appelle donc les acteurs de l’industrie de l’habillement à ne pas seulement nous passer des commandes de produits d’entrée de gamme, mais à nous confier des mix de produits haut et bas de gamme. Nous sommes certains de ne pas vous décevoir. »

Un cri du cœur lancé par cet industriel travaillant pour le compte de grands noms de la mode tels que Zara, H&M et Marks&Spencer, originaire d’un pays devenu largement dépendant des exportations textiles. Celles-ci représentent ainsi 81 % des exportations nationales, avec 28 milliards de dollars l’an passé, et 14,07 % du produit intérieur brut. Une machine industrielle qui emploie localement 7 millions de personnes, dont 90 % de femmes, et qui doit actuellement faire face aux conflits sociaux entourant les négociations sur le salaire minimum, que le gouvernement pensait à tort avoir évitées. Bras de fer qui intervient alors que l’industrie entend en parallèle avancer sur les questions environnementales.

« Les acheteurs apprécient cette révolution verte, mais hélas, beaucoup d’entre eux ne deviennent pas partenaires de ce changement, déplore l’industriel Sajedur Rahman Talukder. Ils sont rétifs à l’idée d’ajouter un seul centime en vue d’investir et de diriger une usine verte et impliquée dans le respect des normes ». Constat d’autant plus amère que les industriels locaux rappellent qu’ils sont, depuis le drame du Rana Plazza, les fabricants textiles les plus surveillés au monde par divers instances.

“On se fait avoir !” 

« Après 2013, le “business as usual” n’était plus acceptable, explique l’ambassadeur du Bangladesh à Paris, Kazi Imtiaz Hossain. Il y a eu trois organismes pour veiller au changement : l’organisme Accord, piloté par les marques européennes, l’Alliance, qui est une démarche plus américaine, et le National Action Plan du gouvernement bangladais. 100 % des usines ont été auditées. 90 % ont vu leurs conditions de sécurité validées. C’est un exemple unique de business responsable. Nous nous sommes pliés aux standards internationaux. Cela a nécessité une masse non négligeable d’investissements ».

Kazi Imtiaz Hossain, Ambassadeur du Bangladesh à Paris,sur le salon Texworld – Messe Frankfurt

Investissements qui, à en croire un exposant bangladais du salon souhaitant rester anonyme, n’ont pas l’air d’émouvoir outre mesure les commanditaires. « Nous présentons nos collections, montrons nos démarches pour améliorer les conditions de travail des salariés, et les investissements pour devenir plus écoresponsables… Et on nous répond que tout cela est “très bien, très apprécié. Mais qu’il faut que nous baissions nos prix !” Alors que nous avons déjà pris sur nous pour ne pas augmenter les prix malgré les millions investis dans nos usines. Et je parle de marques claironnant l’importance de la RSE dans leurs collections. On se fait avoir ! ».

Un constat que formule de manière plus diplomatique l’ambassadeur du Bangladesh. « On attend de nous que nous soyons en ligne avec les standards. Mais il devrait y avoir une responsabilisation complémentaire. Les clients ne sont pas prêts à investir dans le processus d’amélioration. Or la compétition sur les prix qui en découle entame notre capacité à moderniser le secteur. Alors que le Bangladesh compte sept des dix meilleures usines vertes du monde, et va devenir d’ici à 2030 la 28ème économie du monde ».

Partagés entre espoir et aigreur, les industriels bangladais n’en restent pas moins conscients de l’importance qu’ils revêtent pour le secteur de l’habillement en Occident. Selon l’Institut français de la mode, l’Union européenne a renforcé de 2 % ses importations d’habillement bangladais au premier semestre 2018, avec 8 milliards d’euros de marchandises. Cela fait du pays le deuxième fournisseur de l’Europe, derrière la Chine et devant la Turquie et l’Inde. Côté textile, le Bangladesh est le onzième fournisseur du Vieux Continent, avec 189 millions d’euros de matériaux (+5 %).

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