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TÉMOIGNAGE : SIDA, la société me voit comme coupable et non comme une victime

Apparus en 1996, les traitements anti-viraux sont devenus aujourd’hui des multithérapies. Ces fameuses trithérapies ont bouleversé la vie des séropositifs, même si elles ne peuvent toujours pas les guérir. Les effets secondaires, notamment, très lourds les premières années, se font aujourd’hui bien moins gênants.

Même si les séropositifs vivent plus longtemps, ils restent marginalisés dans une société qui a du mal à les accepter. C’est toujours difficile de dire à son voisin que l’on est séropositif. Le VIH est en passe de devenir une maladie chronique mais il ne sera jamais une maladie comme les autres, à cause de la représentation sulfureuse qu’en ont les gens. Les séropositifs vivent avec le stigmate, au premier sens du terme, du sida car ils sont vus comme des personnes qui ont fait quelque chose de mal. Historiquement, et c’est toujours en partie vrai, cette maladie est liée à la toxicomanie et à l’homosexualité, qui sont déjà très mal vues. Sans parler des migrants… On peut clairement affirmer que le sida s’ajoute aux discriminations.

Ahmed, 32 ans, nous raconte son expérience à travers un témoignage dont il nous a fait part…

Il y a quatre ans, j’ai appris que j’étais séropositif. Quand j’ai fait l’amour, c’était sans préservatif. J’étais à mille lieues de penser au VIH. On ne se pose pas de questions malheureusement. On est pris par le moment. C’est ce rapport-là qui m’a contaminé. Comment, je l’ai découvert? C’est simple, je me sentais fatigué et malade. Je suis parti voir un médecin. Il m’a donné des analyses sanguins à faire et c’est à ce moment là que j’ai appris que j’avais cette maladie.

Le SIDA m’a coupé de tout: mon environnement familial, social, professionnel et géographique.

Du jour au lendemain, je suis passé du statut de cadre à celui d’assisté, dans un pays qui, par la force des événements, m’a rejeté. Je n’y avais jamais vécu envisagé ma vie de la sorte. J’avais encore moins pensé mourir loin des miens, éparpillés dans le monde entier, sans l’avoir choisi.

Je me rappelle quand je l’ai annoncé à ma famille, j’avais envie de me suicider tellement leur regard en dit long. Ma famille et mes amis m’ont fui comme si j’avais la peste. Ce regard haineux, je vous avoue je ne l’oublierai jamais, Il reste graver ici dans ma mémoire et surtout dans mon cœur. J’avais envie de mettre fin à ma vie, même si je sais que ce n’est pas la solution et que ça ne va pas résoudre le problème mais c’est tout ce que j’ai trouvé. Ma famille s’est organisée pour que je parte tout de suite, quelques jours après avoir découvert mon statut, mes parents m’ont renvoyé. Je ne voulais pas partir, mais ils avaient peur de moi et ne voulaient plus être près de moi.

Cette maladie m’a volé ma santé, ma vitalité, ma jeunesse. Je suis plongé dans un monde d’incertitude, d’angoisse, de douleur, d’insécurité physique, mentale et de profonde solitude, où la vie et la mort se chevauchent, dans chaque geste de la vie quotidienne. L’enchevêtrement de la vie et de la mort est inexplicable à ceux qui ne l’ont pas vécu. C’est sans doute ce qui cause l’isolement. Réflexion faite, on est toujours seul dans la souffrance et les gens qu’on croyait être nos amis, notre famille , ce sont malheureusement les premiers à nous lâcher, à nous tourner le dos et à nous rejeter.

Je n’ai pas encore encaissé le choc quatre ans après, c’est toujours le même goût amer, la même douleur qui m’a plongé dans une dépression sans fin. Mais malgré tout, j’essaye de remonter la pente. Ce n’est pas facile en étant seul mais je fais de mon mieux.

Je vous avoue que depuis quatre ans, c’est la première fois que j’en parle. Je suis un peu gêné des regards des gens, plutôt je me méfie car j’ai vu celui des miens. Je me dis si mes proches m’ont rejeté, c’est normal que les autres feront pareil et je ne peux pas les blâmer pour ça.

Aujourd’hui, j’ai fait mon propre deuil. Je ne suis pas guéri mentalement parlant mais je veux livrer un message d’espoir. Je veux positiver. Je veux recommencer à vivre comme avant, à m’intégrer dans cette société. Je ne suis pas encore prêt à m’investir dans une relation ou encore à crier sur tous les murs que je suis atteint de VIH mais, je veux m’en sortir et montrer à ma famille que je survis malgré qu’ils m’ont abandonné lâchement. Je veux ma revanche!
Je souhaite, également que les autorités sanitaires et les médias parlent un peu plus des avancées positives de nos vies, du faible taux de contamination chez les personnes “traitées correctement”, de la possibilité de concevoir des enfants sains, de l’urgence du dépistage pour tous afin d’enrayer ce fléau. Et il faudrait aussi publier des témoignages de vies qui certes, ont été brisées, compliquées par cette maladie, mais qui restent de belles vies, parce que des vies de battants, de personnes courageuses. Ce sont des témoignages comme ceux-ci qui feront de nous des personnes comme tout le monde et nous permettrons d’être à nouveau intégrés de façon normale dans la société. Car avant d’être un séropositif, je suis un être humain.

Il faut que la société nous accepte tout en gardant notre dignité, que nous ayons les meilleures informations concernant notre maladie. Ce n’est pas parce que je suis malade que je ne peux pas effectuer correctement mon travail.

Juste pour vous dire mes chers lecteurs que le SIDA se transmet par le sang, par les relations sexuelles non protégées, par les seringues, par… Par contre, l’information se transmet par la bouche, les yeux et les oreilles. La solidarité se transmet par le cœur!!!!

2000 Tunisiens vivent avec le VIH/sida

Par GUESM.K

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