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Dharma un portrait haut en couleur

Professeur d’Art, Myriam Zéramdini alias Dharma, est également tatoueuse, artiste “créatrice d’univers” et modèle.
Un modèle de femme tunisienne qui ne cesse de nous fasciner. Un parcours exemplaire de cette artiste si talentueuse.
Dans cette entrevue, Dharma nous invite dans son monde. Un voyage le moins qu’on puisse dire, très palpitant et de haute voltige.

Mesdames et Messieurs bienvenue sur ce vol! Attachez vos ceintures! On est prêt à décoller.

– Si un jour vous vous rencontrez dans la rue, comment vous présenteriez-vous en dehors de votre art ?

Si un jour je me rencontre dans la rue ma première pensée sera que je serai définitivement convaincue que les univers parallèles existent. Ce qui est juste sensationnel. Je me dirai que je suis une créature de la Terre, glauque et végétarienne, qui a un penchant très prononcé pour le post-apocalyptique et les crânes d’animaux. Je me dirai : Hé salut, ça te dit de faire une expo avec ton double de la dimension terrienne? Ou de reluquer les Madmax en fantasmant sur la fin du monde en mode cuir et survie surréaliste? Je pense que je remarquerai tout de suite que c’est un chaos ordonné dans ma tête et que parfois j’ai tendance à faire dans le delirium tremens sans pour autant user de paradis artificiels. Puis, je me dirai que quand même, ce serait “vachement cool” que mes créatures soient réelles et qu’elles sortent du papier pour venir vivre avec moi et ma chienne ( par contre je suis pas sûre que celle ci les acceptent, elle est un peu folle ). Sinon je me conseillerai de trouver une solution pour mon côté bordélique et destructeur. Ou peut-être pas. Après tout c’est le moteur de ma capacité créative.

Comment avez-vous pris ce chemin alors?

Ce chemin a toujours été le mien. Y’a un grand panneau au début de la route où c’est écrit “coucou Dharma, c’est par là !”. Je pense que c’est comme l’instinct chez les animaux, c’est quelque chose qui est en moi depuis toujours. C’est inné. Peut être, c’est au niveau de ma cervelle, ou alors au niveau des intestins je sais pas trop. Mais, j’en suis sûre que c’est là, je le sens! C’est un sentiment tellement profond et puissant! Je ne me suis jamais vraiment posée la question, c’est comme si on me demandait si j’ai un cerveau, c’est évident que j’en ai un sinon je serai raide morte. Ou alors je serai un zombie. Bref!! Dans les deux cas ça serait génial.

Avez-vous déjà douté de vos choix artistiques ? si c’est le cas, pour quelles raisons?

Oui!!!! J’ai souvent connu le sentiment de doute. Il vient s’assoir à ma table parfois et il “m’emmerde” (rire). Après un quart d’heure de discussion, en général, il s’en va. Il arrive qu’il reste plus longtemps et là je réalise combien l’éducation tunisienne manque cruellement d’art au sein de ses écoles. Ensuite, je me dis qu’on est beaucoup trop à table, je les expulse les deux d’un coup de balai et je dîne tranquillement.

Parlez-nous un peu de vos débuts dans le domaine de l’art.

Mes débuts ont commencé avec “Home Sweet Home” et une reproduction de Dalí ( La femme aux tiroirs ), ils ont rencontré des tas d’humains à Artyshow ( chez Nadia Khiari alias Willis From Tunis ). Puis ils ont eu la grosse tête et depuis je trimballe mes créatures d’une expo à une autre. On est devenu comme une troupe, et ils sont moins sauvages en public. Je vous rassure. (éclat de rires)

– Quels étaient les moments forts de votre carrière?

Je m’estime très chanceuse d’avoir rencontré Agartha dans ma tête, c’est mon premier univers, le plus élaboré. C’est une terre qui existe au centre de la notre et qui abrite des créatures hybrides et monstrueusement mignonnes. Elles vivent recluses car elles ont été anéanties par la destruction avide de l’être humain et de mère Nature qui ne vont plus très bien. Post-apocalyptique, cyberpunk et steampunk, cet univers possède ses propres despotes et résistants. Agartha était la progéniture de Novah Sayöz ( avec le musicien Fedor S.Kovalevsky aka Vielikan ), elle a sa propre musique et obéit à ses propres règles. Cette terre oubliée est exposé devant moi, la dimension la plus authentique et fragile que j’ai pu vivre, physiquement et spirituellement.

– Après avoir parlé d’art, pouvez-vous vous représentez, mais cette fois sous votre casquette d’artiste.

Vous allez me trouver un peu trop bizarre ou différente comme vous me l’aviez dit. J’aimerai me faire greffer de grandes cornes pointues, à mi chemin entre un bélier et un cerf. Mon obsession du chiffre 7, des points, d’Orion, du pelage léopard, des tuyaux et masques à gaz et des expériences hybrides font que j’ai du mal à choisir entre un croissant et un pain au chocolat. Au final je prends un jus de banane. Je suis végétarienne depuis 9 ans et écologiste depuis mes vies précédentes. Je m’entraîne tellement à la salle de sport, parfois, manger quatre paquets de cookies à “l’aise Blaise”. Je suis également professeur d’Art et artiste tatoueur, deux métiers vraiment formidables même si parfois je tordrais bien le cou à mes élèves ou à mes clients. Parfois je me demande si les vaches peuvent boire leur propre lait ou si c’est du cannibalisme laitier.

– Lorsque les critiques diffèrent, l’artiste est en accord avec lui-même. .. De quoi vous critique-t-on généralement?

Souvent si ce n’est pas tout le temps, on me dit ” c’est tout de même effrayant ce que tu fais”. J’adore cette critique, continuez! Je savoure la laideur et le glauque. C’est mon truc quoi. J’estime que mes monstres ont plus d’humanité que certains de mes congénères.

– Comment évaluez-vous la scène artistique actuelle?

Je constate qu’il y a de plus en plus d’événements culturels et que des artistes vraiment chouettes pullulent un peu partout. Franchement, j’espère que ça va évoluer de plus en plus dans ce sens.

Si vous n’étiez pas artiste (préciser le domaine), que seriez-vous?

Si je n’étais pas artiste je ne serais pas! C’est tellement évident pour moi.

Notre pays a connu des changements radicaux sur certains points, ceux ci, selon vous , affectent-ils sur nos choix artistiques?

Absolument pas, je continue à créer dans l’ombre comme un savant fou. Le reste ne m’affecte pas du tout.

– Pouvez-vous nous parler de vos projets à court et à long terme?

En ce moment, je suis en train de mouler une nouvelle série de créatures. Elles ne sont pas très dociles mais elles vivaient dans les tréfonds obscurs de ma mémoire (comme toujours, j’ai envie de dire). Bientôt, j’annoncerai leur naissance et elles connaîtront le monde! Par ailleurs, j’aimerai beaucoup développer mon métier de tatoueur dans une seule et même direction : ne pas charcuter mes victimes qu’avec mes propres dessins “les dessins de Dharma”. Ce qui n’est pas facile, le tatouage n’est pas vraiment perçu comme un art en Tunisie mais plutôt comme un moyen esthétique de se pavaner sur la plage avec des motifs vides de sens. Bon je généralise mais c’est trop souvent le cas. Croyez-moi!!!

– Envisagez-vous une éventuelle collaboration artistique?

Si Miyazaki pouvait m’entendre. Je voudrai lui dire que s’il veut collaborer avec moi et bien…. Je vais y réfléchir!(Rires) Non!! Je déconne, c’est un triple oui direct. Mais plus sérieusement, je suis ouverte à toutes les collaborations, notamment dans le domaine du design. Pourquoi pas créer des chapeaux en forme de masques à gaz! J’y réfléchis encore, dur à commercialiser.. ( à moins que mes clients ne soient des punks).

– Votre idéal artistique?

Mon idéal, c’est tout et n’importe quoi.  Tout m’inspire et me nourrit, une crotte d’animal peut me faire pondre un tableau délirant. Si j’observe et que je suis sensible à chaque atome de cet univers je peux créer à l’infini. Tout un univers!!!

– Mot de la fin.

Mes créatures sont mes miroirs intérieurs, des fantasmes de moi même. Je crée pour mieux détruire mes fausses certitudes et mes démons les plus abjectes.
Dans chacun de nous, sommeille en lui Dharma.

Par GUESMI. K

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