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Azzedine Alaïa, le couturier adulé du monde de la mode

Son travail de la coupe façonne les courbes de la féminité avec sensualité. Azzedine Alaïa est un couturier hors codes qui sculpte les vêtements sur ses mannequins car, dit-il, « une femme ne peut s’habiller d’un dessin ».

C’est un maître de couture admiré, craint mais surtout respecté de tous, qui est mort samedi 18 novembre, à Paris, à l’âge de 77 ans. « Il y a dans la mode des sortes de fil à plomb”, et Azzedine Alaïa est l’un d’entre eux, au même titre que Madame Grès ou Cristobal Balenciaga », expliquait, en 2016, au MondeOlivier Saillard, directeur du Palais Galliera où une rétrospective lui avait été consacrée en 2013.

Pourtant, personne n’a jamais été plus vigoureusement à l’écart des systèmes de mode, allergique aux honneurs et à la pompe mielleuse que ce « petit » homme aux éternels pyjamas chinois. Azzedine Alaïa a défendu du début à la fin son indépendance, dans son travail, comme dans sa vie.

Un esprit artisanal

Né le 26 février 1940 (mais le couturier a toujours entretenu le doute sur cette date), à Tunis, il est élevé par sa grand-mère très libre et au caractère bien trempé (elle fera une fugue à 80 ans !) et est fasciné par le travail de sa sœur Hafida, employée chez une couturière et auprès de laquelle il apprend les bases de son futur métier. Il s’inscrit aux Beaux-Arts (en mentant sur son âge), décroche son diplôme et travaille pour une couturière locale. Il part rapidement pour Paris, au début des années 1950, et fait mine de s’intégrer au système des grandes maisons de couture. « J’ai passé cinq jours chez Christian Dior [d’où il a été renvoyé faute de papiers] et deux ans chez Guy Laroche, à l’atelier tailleur, car je voulais apprendre à coudre, racontait-il dans un entretien accordé au Monde, en 2016. Mais ce sont les femmes qui m’ont tout appris. »

 

Il fait un bref passage dans la maison Dior puis apprend le métier de tailleur auprès de Guy Laroche. Il dessine également une collection de prêt-à-porter faite de métal et de Zip pour le chausseur Charles Jourdan. Son ami Thierry Mugler le pousse à créer sa maison, ce qu’il fait à la fin des années 70, installant son atelier dans un petit appartement de la rue de Bellechasse, à Paris. Le sculpteur de formation habille à même le corps une clientèle confidentielle composée de personnalités comme Cécile de Rothschild, Greta Garbo, Arletty, ainsi que les danseuses du Crazy Horse. En 1980, il présente son premier défilé de prêt-à-porter. ELLE est le premier magazine à lui consacrer une couverture et un reportage.

L’appartement-atelier est si petit que le couturier est obligé de multiplier les mini-défilés ; le Tout-Paris (Andrée Putman, Grace Jones, Tina Turner, Farida Khelfa…) s’empresse d’aller y dîner.
En 1984, il déménage son atelier rue du Parc-Royal, dans le Marais. L’année suivante, la Fédération française de la couture lui remet l’Oscar du créateur de l’année et le Prix spécial du jury. Le succès de ses robesbody-consciouss’accroît – surtout lorsque ELLE lui consacre une dizaine de pages – et se propage outre-Atlantique. En 1982,il organise un grand défilé mis en scène par Jean-Paul Goude au Palladium à New York.


Azzedine Alaïa installe son studio et sa boutique décorée par Julian Schnabel rue de Moussy en 1990.Dès lors, il ralentit le rythme de ses collections, fragilisé par la mort de sa sœur. Sans se laisser mener par le calendrier des saisons, le couturier révèle ses créations uniquement quand elles lui semblent achevées. En 1995, il dessine la robe de mariée de Stephanie Seymour.


En 2000, il développe les accessoires avec le groupe Prada puis s’allie au groupe Richemont en 2007, tout en gardant son indépendance. Michelle Obama met régulièrement ses créations sur le devant de la scène. Après avoir lancé une fondation dont le but est de conserver ses archives personnelles, Azzedine Alaïa ouvre une galerie d’art rue de la Verrerie. En 2005, il ouvre l’hôtel 3 Rooms au 5, rue de Moussy. En 2011, il organise dans ses locaux un défilé haute couture durant la semaine officielle de la haute couture. Ses plus proches admirateurs (Sofia Coppola, Donatella Versace…) sont là.
Entre diverses expositions mettant en lumière son œuvre – notamment celle du Palais Galliera fin 2013 Azzedine Alaïa dessine les costumes des Noces de Figaro à Los Angeles et du ballet Les Nuits d’Angelin Preljocaj à Aix-en-Provence. En 2013, une nouvelle boutique est inaugurée rue de Marignan.

Azzedine Alaïa : « J’aime voir danser les femmes »

Enterrement discret en Tunisie pour le couturier Azzedine Alaïa, à son image

Ce fils d’agriculteurs repose désormais dans la même terre tunisienne où il est né, avec vue sur la Méditerranée: le créateur franco-tunisien Azzedine Alaïa a été inhumé près de Tunis lundi en présence de ses proches, dont Naomi Campbell.

De sa maison sur les hauteurs de Sidi Bou Said jusqu’au cimetière, il a été accompagné dans une relative discrétion par plusieurs dizaines de personnalités et de journalistes, et autant d’amis, voisins et membres de sa famille.

La top model Naomi Campbell, qui l’appelait affectueusement “Papa” et avait présenté en juillet son ultime défilé, a escorté sa dépouille depuis la France dimanche soir, puis s’est rendue jusqu’à sa dernière demeure, drapée de noir et visiblement émue.

Elle a traversé l’enchevêtrement de modestes tombes blanches au bras du mannequin Farida Khelfa, qui fut également une muse et proche du couturier. La mannequin et animatrice tunisienne Afef Jnifen a également participé aux obsèques.

L’homme aux deux rives

La famille a souhaité un dernier hommage discret, à l’image de l’homme qu’il était, fuyant les podiums et la publicité pour travailler dans l’intimité de son atelier-boutique parisien du Marais.

Après une brève halte à la mosquée, le cercueil a été inhumé en présence de quelques dizaines d’admirateurs, amis, neveux et nièces du couturier, qui était connu pour ses robes sculpturales et intemporelles sublimant le corps féminin.

Les mannequins Naomi Campbell (D), Farida Khelfa (C) et Afef Jnifen lors des funérailles du couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, à Sidi Bou Said, le 20 novembre 2017 © FETHI BELAID AFP
Les mannequins Naomi Campbell (D), Farida Khelfa (C) et Afef Jnifen lors des funérailles du couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, à Sidi Bou Said, le 20 novembre 2017 © FETHI BELAID AFP

Azzedine Alaïa repose désormais auprès de sa mère, de son frère et de sa soeur à Sidi Bou Said, haut lieu historique et touristique dans la banlieue nord de Tunis.

“Il a représenté la Tunisie de la meilleure manière”, a estimé le président tunisien Béji Caïd Essebsi, qui s’est rendu au domicile du créateur dans la matinée pour présenter ses condoléances.

Le ministre de la Culture, Mohamed Zine El Abidine, a salué le talent du couturier originaire de Siliana, “région ancrée dans l’histoire”, et jugé qu’il avait dans ses créations exprimé “la quintessence, la beauté, l’imagination fertile” de la Tunisie.

“Nous sommes très fiers de cet artiste”, a-t-il dit à l’AFP, annonçant une manifestation en sa mémoire courant décembre, à l’occasion du quarantième jour après sa mort, un évènement marqué dans la tradition musulmane.

“Il parlait beaucoup de revenir (en Tunisie, ndlr) ces derniers temps. On avait discuté d’une belle exposition au musée du Bardo, de défilés, de rencontres avec des modistes”, a indiqué l’ambassadeur de France Olivier Poivre d’Arvor.

“Puisqu’il est là à demeure, on va le faire dans les mois qui viennent avec sa famille, ses amis”, a-t-il ajouté, espérant qu’il y ait “un jour en Tunisie un lieu qui fera partager ce monde de beauté incroyable qui était le sien (…), cette rencontre magnifique entre les deux rives de la Méditerranée qu’il incarnait avec beaucoup de tolérance et de gentillesse”.

Atypique et adulé

Parmi les admirateurs présents à l’enterrement, le créateur tunisien Salah Barka a rendu hommage à celui qu’il considérait comme un maître.

Funérailles du couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, à Sidi Bou Said le 20 novembre 2017 © FETHI BELAID AFP
Funérailles du couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, à Sidi Bou Said le 20 novembre 2017 © FETHI BELAID AFP

“J’ai appris beaucoup de choses avec Azzedine Alaïa. Lui qui était un sculpteur, il a sculpté le corps de la femme. J’ai appris à mélanger les couleurs. À mélanger les matières. À donner de la personnalité…”, a-t-il dit.

Le créateur était né en Tunisie en 1940 mais cultivait la coquetterie quant à sa date de naissance. “J’ai l’âge des pharaons. Les dates, je les ai effacées”, disait-il.

Étudiant la sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, ce fils d’agriculteurs commence à travailler pour une couturière de quartier. Débarquant à Paris à la fin des années 1950, il travaille brièvement chez Dior et chez Guy Laroche, puis habille des femmes du monde entier.

Prière du président tunisien Béji Caïd Essebsi lors des funérailles du couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, à Sidi Bou Said, le 20 novembre 2017 © FETHI BELAID AFP
Prière du président tunisien Béji Caïd Essebsi lors des funérailles du couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, à Sidi Bou Said, le 20 novembre 2017 © FETHI BELAID AFP

Azzedine Alaïa s’est fait connaître dans les années 1980 en inventant le body, le caleçon noir moulant, la jupe zippée dans le dos.

Atypique mais adulé dans le monde de la mode, il travaillait à l’écart des grands rendez-vous institutionnels, grâce à un réseau de clientes très fidèles. Il a notamment habillé Grace Jones, Tina Turner, Rihanna, Carla Bruni ou encore Michelle Obama.

21/11/2017 09:58:27 –          Sidi Bou Said (Tunisie) (AFP) –          © 2017 AFP

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