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Un café culturel et écolo fermé par la police environnementale

A 24 ans et après 6 ans d’expérience dans les domaines culturels et créatifs, Tarek Sardi, jeune réalisateur de cinéma, décide de se lancer en avril 2017 dans l’entrepreneuriat avec son projet « Ser W Kamun« , un café culturel assez particulier qui tourne autour de l’accès libre à l’activité culturelle et présentant toute une palette d’animations (musique, cinéma, danse, jeu d’échecs, bibliothèque gratuite, etc.). L’établissement est fréquenté principalement par des jeunes dont une grande partie exerce une activité artistique.

Comment avez-vous eu l’idée de lancer « Ser W Kamun » ?

Après avoir encadré des jeunes, de toutes les régions et de toutes les classes sociales, dans le domaine de la réalisation, un constat a émergé de cette expérience. J’ai pris conscience que les jeunes ont un accès très limité à l’activité culturelle et aux espaces d’expression libre.

« Ser W Kamun » est un espace d’expression ouvert à tous ceux qui manifestent la volonté de s’exprimer et où on ne surtaxe pas l’activité culturelle. Pour faire simple : Tu viens, tu commandes une boisson et si jamais l’envie de participer te prend, tu montes sur scène. Bien-sûr en restant fidèle à la ligne directrice du projet et en essayant d’être le plus écologiste possible.

Quels sont vos moyens de financement ?

« Ser W Kamun » est un projet totalement autofinancé. Aucune subvention ne m’a été accordée. J’ai fait des économies et j’ai emprunté de l’argent. Sinon, j’ai pu compresser les frais avec l’aide bénévole que m’ont apportée plusieurs amis et en fabriquant presque tout nous-mêmes (tables, chaises, décor, sono, etc.).

« Ser W Kamun » est l’objet d’un ordre de fermeture. Pour quelles raisons ?

Tout a commencé le 9 octobre avec une visite de la police environnementale qui m’a dressé un procès-verbal pour absence d’un chauffe-eau et m’a mis à l’amende. Jusqu’ici rien d’exceptionnel ! L’agent (une femme) qui menait l’inspection me lance alors la remarque suivante : Il faut dire à tes chers clients de porter des habits plus présentables. Évitant le conflit, je ne réponds pas à cette remarque déplacée.

Deux jours plus-tard (le 11 octobre), je reçois une seconde visite. Cette fois, c’est à cause d’une plainte anonyme à cause du bruit. On me rassure qu’il n’y a rien de grave et que je devais juste leur rendre visite dans leurs locaux. Je m’y rends tout en les informant que je ne possède par l’argent nécessaire pour payer l’amende. Qu’importe me dit-on en me rassurant que je pouvais payer plus-tard, ce que je fis. On me rappelle alors avec insistance que je dois garder le volume de la musique bas.

Jusqu’à ce vendredi 27 octobre où on m’apporte l’ordre de fermeture en date du 18 octobre et on m’ordonne alors de fermer mon café sans m’en expliquer les raisons. Je me rends à l’administration concernée où on me rassure en me précisant que l’homme qui gère mon dossier est en congé et que si je revenais le lundi suivant avec le reçu de paiement (daté) de l’amende on me signerait un ordre de réouverture et que tout ceci est un malentendu.

Le lundi, je reviens vers l’administration concernée, mais là on me sort toute une liste d’infractions qui n’avaient pas été enregistrée ni consignées. Je suis face à une procédure administrative longue et coûteuse qui pour moi expriment une nette intention d’intimidation. Maintenant « Ser W Kamun » est fermé avec des travaux en cours pour remédier aux infractions relevées.

Quelle sera la prochaine étape ?

Pour l’instant le futur de « Ser W Kamun » est plutôt incertain. Les jeunes essayent d’aider mais je ne suis pas sûr de pouvoir tenir le coup financièrement et moralement. Je ne pense plus que ce pays est l’endroit idéal pour s’épanouir. Je suis déçu par cette mésaventure, on ne pensait pas qu’un projet culturel puisse faire face à une telle hostilité et à un tel acharnement. Je n’aurais jamais pu imaginer qu’on me forcerait à fermer « Ser W Kamun » avec de telles méthodes. Et je voulais souligner aussi l’ironie du sort qui fait que la nouvelle police environnementale oblige un café écolo (on ne sert rien en plastique, on essaye de recycler le maximum de nos déchets, on sert de la Bsissa etc.) à fermer.

Quel est le bilan de « Ser W Kamun » à ce jour ?

A ce jour « Ser W Kamun » a organisé une vingtaine de prestations musicales, cinq projections et débats de deux films indépendants, cinq café-débats sur des thématiques d’actualité (immigration, racisme, élections municipales, etc.) et une dizaine d’après-midi de textes libres sans oublier, bien-sûr, les prestations spontanées.

Interview réalisée par Asma Moussa 

Source : En Bref 

 

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