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Arabie Saoudite : les femmes pourront (enfin) conduire en 2018

Depuis plusieurs années, quelques Saoudiennes bravaient l’interdit en prenant le volant. Leur mobilisation a payé.

“La conduite affecte les ovaires (…) “la plupart des femmes qui conduisent des voitures de façon continue ont des enfants qui souffrent de troubles cliniques”, telle était l’une des justifications complètement farfelues avancées par le cheikh Saleh Ben Saad al-Luhaydan pour interdire à ces compatriotes le volant, les forçant à être accompagnées en permanence d’un chauffeur masculin. C’était sans compter sur la détermination de quelques conductrices qui se sont filmées bravant l’interdit, partageant ensuite sur les réseaux sociaux leurs gestes. Le roi Salman d’Arabie saoudite leur a donné raison mardi 26 septembre en signant un décret les autorisant à prendre le volant à partir de juin 2018. Un délai prévu pour leur laisser le temps de passer le permis.

L’une des premières à conduire sans en avoir le droit, Manal al-Sharif, écopait en 2011 de cinq jours de prison. Devenue une icône du mouvement “Women to drive”, elle fut imitée par d’autres, lors de journées de mobilisation organisées sur Facebook et relayées sur Twitter. En 2013, Saloua Lemtiri, d’origine koweïtienne, s’était, elle, filmée au volant déguisée en homme : “Je suis en Arabie Saoudite, je suis obligée de me déguiser en homme pour aller acheter du gaz ! (…) S’il vous plaît laissez vos femmes conduire, vous les humiliez !”, expliquait-elle. En parallèle, des pétitions lancées en ligne rencontraient le soutien des hommes… ravis par la perspective de ne plus avoir à faire le chauffeur pour madame.

Un progrès pour les femmes… et pour l’économie

Attendue depuis plusieurs mois, l’autorisation de conduire pour les femmes, est (aussi) à mettre au crédit de la nouvelle génération de décideurs saoudiens, à l’écoute de la contestation. En novembre 2016, le prince Alwaleed bin Talal, hommes d’affaires et membre de la famille royale, publiait une note indiquant qu’“empêcher une femme de conduire est aujourd’hui une question de droits semblable à celle qui se posait quand il leur était interdit d’avoir accès à l’éducation ou d’avoir une identité à elle”. Une interdiction qui aurait des conséquences économiques importantes : “si un mari trouve le temps de conduire son épouse, cela suppose qu’il s’absente de son travail, altérant sa productivité”, poursuivait-il.

De son côté, Le Monde rapporte que le décret signé le roi Salman “doit être mise à l’actif de son fils, le prince héritier Mohamed Ben Salman (surnommé “MBS”), qui est l’homme fort du royaume”. Réformiste, ce trentenaire qui chercherait à “rompre la dépendance de l’économie à l’or noir et à desserrer l’emprise des religieux sur la société“, pourrait d’après les rumeurs se voir prochainement confier le pouvoir. Après le droit de vote acquis en 2015, il restera aux Saoudiennes encore bien des combats à mener : elles doivent encore obtenir la permission d’un homme pour se rendre à l’étranger ou se marier.

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