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Le fils de Pablo Escobar se livre

Les millions de dollars, les virées en jet privé, les meurtres, les trahisons : le Colombien Juan Pablo Escobar raconte dans un livre l’histoire de son père Pablo, le plus grand trafiquant de drogue de tous les temps.

Il est le fils du plus grand baron de la drogue de l’histoire. Un lourd héritage. Juan Pablo Escobar avait 17 ans à la mort de son père, le 2 décembre 1993 à Medellín, en Colombie. Les mois de deuil, il les a passés à négocier pour avoir la vie sauve. Les parrains de la cocaïne la lui accordèrent contre une promesse : celle de ne jamais marcher dans les pas de son père. A l’époque, les narcos se répartissent les biens que l’Etat colombien n’a pas confisqués.

Juan Pablo repart de zéro – avec sa mère et sa sœur – en Argentine, sous une nouvelle identité. Après des décennies de silence, il sort un livre, Pablo Escobar, mon père, dont la traduction française vient de paraître aux éditions Hugo & Cie (1). Assis dans un petit salon à quelques pas de l’Arc de triomphe, à Paris, Juan Pablo Escobar parle avec mesure. Il raconte toute la vérité, sa vérité du moins.

Vous avez vécu près de deux décennies sous le nom de Sebastián Marroquín. Pourquoi reprendre l’identité de Juan Pablo Escobar ?

A la mort de mon père, les compagnies aériennes refusaient de nous vendre des billets, les pays de nous accueillir. Ma mère, ma sœur et moi avons changé d’identité afin de rester en vie. En toute légalité. Cela m’a permis d’être Monsieur Tout-le-Monde pendant cinq ans. Jusqu’au jour où, en Argentine où nous avions refait nos vies, un homme a tenté de nous escroquer. On l’a attaqué en justice. Et c’est nous, les victimes, qui avons été mis en prison. Cloués au pilori par les médias. Le monde a redécouvert nos noms. Finalement, j’ai décidé qu’il fallait faire connaître notre propre version de l’histoire Escobar. Afin qu’elle ne se répète pas.

Pourquoi ressentez-vous un tel besoin d’endosser la responsabilité des actes de votre père ?

Etant son fils, je suis la seule personne qui puisse demander pardon, c’est donc à moi qu’échoit ce devoir. Je ne cherche pas à absoudre mon père. C’est pour ses victimes que j’ai entrepris ce travail. Le pardon est très important pour avancer. Quand vous pardonnez, vous laissez la haine de côté.

Votre livre raconte des fêtes extravagantes, un zoo avec girafes, hippopotames et zèbres dans votre jardin, des chocolats rapportés de Suisse par jet privé spécialement pour votre communion… C’était comment de grandir à Nápoles (l’hacienda construite par le baron de la drogue) ?

Intense. Mais il y avait le revers : les hommes armés constamment présents, par exemple. Les guerres de clans. Celle avec le gouvernement. Grandir en sachant que les ennemis de votre père ont commandité votre mort. La fuite.

 A l’école, dans la case “profession du père”, vous inscriviez “marchand”.  Quand avez-vous compris que votre père n’était pas un simple commerçant ?

J’avais 7 ans quand mon père m’a dit qu’il était un bandit. Je connaissais ce mot, même si je ne réalisais pas l’ampleur de l’organisation qu’il cachait. A 7 ans, le terme bandit évoque plus des histoires de Far West. Pablo Escobar ne me cachait rien : meurtres, kidnappings… Je lui suis reconnaissant de m’avoir toujours dit la vérité, je me suis ainsi senti respecté. Mais je ne compte pas agir de même avec mon fils.

Que dites-vous à votre fils ?

Je lui raconte qu’il a beaucoup de noms de famille. Je lui dis que son grand-père l’aurait beaucoup aimé, lui aurait prodigué beaucoup de conseils. Comme il l’a fait avec moi. Mon père m’a toujours enjoint à ne pas devenir trafiquant, à faire des études. Il avait prévenu ses hommes que si l’un d’eux fumait ne serait-ce qu’un joint devant moi, il le tuerait. Mais mon fils a 4 ans, donc je vais attendre encore un peu avant de lui raconter l’autre versant de l’histoire. Quand il sera en âge de comprendre, je veux tout lui dire. C’est ma grande responsabilité, pour qu’il puisse choisir sa destinée.

Ce qui marque, quand on vous lit, c’est la contradiction entre “El Patrón” et le bon père…

Je l’aimais comme père car il m’a toujours donné un amour inconditionnel. Le peuple l’aimait aussi. Dans les quartiers pauvres, il a fait construire des stades, des maisons, des centres médicaux. Mais c’était avec de l’argent sale. Faire des choses bien ne suffit pas à vous rendre bon. Il était impitoyable. Il a causé la mort de milliers de personnes.

Vous arrivait-il de tenir tête à votre père ?

Je n’ai jamais fait partie de ses béni-oui-oui. Je me suis souvent opposé à mon père, lui demandant de choisir la paix. J’ai toujours été convaincu que la vie est comme un boomerang : donnez de l’amour, vous en recevrez ; frappez, vous recevrez les coups au centuple. Mais j’aurais préféré mourir que trahir.

Au plus haut de sa “carrière”, Pablo Escobar était la septième fortune de la planète. Vous avez certainement eu l’opportunité de suivre ses traces…

Je ne le voulais tout simplement pas. Et si j’avais pris un tel chemin, j’aurais été incarcéré par le gouvernement, ou mis à mort par les cartels. Ils ont tous été très clairs à ce sujet.

Depuis la parution de votre livre, en Amérique il y a trois ans, vous en faites régulièrement des lectures et des conférences. Dans quel but ?

Je ne me bats pas contre le trafic de drogue, je me bats contre les jeunes qui veulent y entrer. Ils m’écoutent car je ne suis pas leur prof ou leur mère. Mon histoire les aide à changer le cours de leur vie. Je leur raconte la fois où, planqués avec mon père et des millions de dollars, nous crevions de faim. Nous avions assez d’argent pour acheter toute la nourriture de toutes les épiceries de la ville, mais nous ne pouvions pas sortir de la chambre où nous étions terrés. Je leur dis que je ne connais aucun dealer de drogue à la retraite. Je leur raconte que finalement, le trafic de drogue a tout pris à mon père, jusqu’à sa vie. J’essaye aussi d’engager le dialogue avec les gouvernements. Car là où le trafic explose, c’est souvent dans des zones délaissées. Au Mexique, les trafiquants font la même chose que mon père : ils construisent des écoles, des routes, des centres de santé. Ils s’achètent une impunité.

(1) Pablo Escobar, mon père de Juan Pablo Escobar (Hugo & Cie, 400 pages).

Pablo Escobar, du mythe au merchandising

Sacs bourrés de liasses de billets, courses-poursuites épiques, orgies avec les plus belles filles d’Amérique du Sud… L’histoire de Pablo Escobar devait forcément devenir un mythe. A l’ère du consumérisme, le roi de la poudre a surtout été transformé en pur produit de merchandising. T-shirts et coques d’iPhone à son effigie, reproductions de l’affiche “Se busca”, casquettes floquées de ses répliques célèbres comme “Plata o plomo ?” (“l’argent où le plomb ?”), magnets : tout est bon pour faire de l’argent.

El Patrón a même droit à son personnage des Simpson, une série télévisée, et plusieurs films, dont le dernier, Loving Pablo, avec Javier Bardem, est sorti le 6 septembre. “Les séries comme celle de Netflix glorifient mon père, regrette Juan Pablo Escobar. J’ai reçu des centaines de messages après la diffusion de la série Narcos. Des gosses du Japon, de Russie, d’Afrique, me demandent comment devenir Pablo Escobar.”

 

GARZIA

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