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WISTAR: Le combat d’un révolté……

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L’état s’inclinera, comme tous les états se sont inclinés dans le monde devant le plus grand nombre… 

J’ai essayé de suivre le phénomène wistar à la fois sensible et révolté

1_ penses tu que la situation actuelle du pays est une détermination et un acharnement personnel pour faire ses preuves ?

Ma sensibilité et ma révolte ne datent pas de la révolution. Elles se sont juste adaptées. Le drame de la Tunisie est la résignation habituelle de ses citoyens. Cela ne date pas d’hier. Toute l’histoire de la Tunisie est faite de la résignation de son peuple. Je ne me sens pas à l’abri de ce danger. J’ai souvent des tentations de fatalisme, d’inutilité. Je même un combat contre moi-même. Mais, aujourd’hui j’ai de l’espoir, je crois qu’une époque est révolue. Je crois que beaucoup, ici, pensent maintenant que toute bataille a une raison d’être, et qu’elle peut aboutir. Nous avons vu l’état céder face à la mobilisation, nous avons vu la force de la détermination. Nous commençons à comprendre que l’acharnement peut porter ses fruits. C’est un grand message d’espoir.

 

2_ t’as eu une jeunesse disons assez urbaine et mouvementée mais à la fois bien cadrée grâce à ton éducation, si t’avais à décrire tout cela en un mot ça serait quoi ?

” La volonté ”

3_ qu’est ce qui vous différencie des autres rappeurs ?

La vie, tout simplement. Chacun réagit en fonction de son vécu, de son histoire personnelle, de ses influences. Pas de besoin de se différencier les uns des autres, la vie s’en charge toute seule.

Il n’est pas question ici de phénomène marketing à l’américaine, des cibles, et c’est l’addition de ces valeurs qui font la richesse de la scène musicale tunisienne.

4_ le rap et la rue ?

Si Mozart avait 20 ans aujourd’hui, il ferait du rap…

Le rap et la rue ?

Et pourquoi pas le rap et les poubelles ?

J’ai choisi le rap parce qu’il correspond à ma génération. Si Mozart avait 20 ans aujourd’hui, il ferait du rap. Dans 20 ans, je m’exprimerais toujours, pas forcement de la même manière. Le rap tunisien, ce n’est pas qu’un mouvement de rue, de protestation, c’est un art, exigeant, ou seuls les meilleurs sont reconnus, ou l’excellence est l’objectif. Votre question est réductrice, le rap est sans doute la voie de la rue, mais il entend la porter au plus haut.

 

5_ t’es prêt à quoi pour défendre cette discipline ? surtout que le gouvernement actuel interdit cette forme de pratique.. Est-ce une atteinte à la liberté d’expression ?

Une liberté d’expression totale, sans limite reviendrait à autoriser tous les comportements racistes, xénophobe….

Tous les pays du monde tentent de limiter la liberté d’expression. Et ceci n’est pas une critique, c’est un constat. Cela n’a rien de péjoratif. La liberté des uns s’arrête évidement là ou commence celle des autres. Une liberté d’expression totale, sans limite reviendrait à autoriser tous les comportements racistes, xénophobe, etc… La liberté d’expression se doit d’être contenue dans ce que le plus grand nombre est disposé à écouter. C’est une loi.

Cependant, les états tentent toujours d’aller plus loin, d’éviter la critique mais c’est au peuple de fixer les limites à ne pas franchir, pas aux politiques. Ainsi le peuple tunisien doit dire non aux tentatives actuelles de l’état de museler ses contradicteurs, dans le respect de ses propres convictions.

Le rap est, a toujours été, contestataire, partout en tout temps. Il n’est pas là pour faire plaisir. Pour caresser dans le sens du poil. Il est donc légitime que l’état tunisien tente, lui aussi, de museler cette expression. A nous, artistes, aidé de notre public, de fixer nous même les limites. L’état s’inclinera, comme tous les états se sont inclinés dans le monde devant le plus grand nombre

6_ si t’avais à décrire ce gouvernement en un mot ça serait ??

En un mot : ” Dépassé ”

Le 23 octobre 2011, les Tunisiens ont voté, Ils ont voté pour la nomination d’un gouvernement provisoire, installé juste le temps de rédiger une nouvelle constitution. De nouvelles élections, réelles, devaient avoir lieu dans la foulée. Ennadha a remporté ces élections provisoires. D’abord par ses fidèles qui veulent un pays dirigé par un islam politique, mais aussi, beaucoup, par d’autres qui pensaient que ce parti, qui a tant souffert, n’était pas capable d’exactions. Le temps a passé, les promesses se sont évanouies, le provisoire est devenu la norme, les réelles élections ont été repoussées, sans cesse ;

Ennadha à toujours vécu dans la clandestinité. Ses hommes, aussi honnêtes soient ils, n’ont pas l’expérience de la gestion des affaires d’un pays. Alors, les erreurs se sont accumulées. Les morts aussi. Aujourd’hui, ce pouvoir est tellement contesté qu’il est impératif de se tourner à nouveau, comme il était prévu dès le départ, vers le peuple. De nouvelles élections doivent être organisées le plus tôt possible. C’était le contrat de départ. Il doit maintenant être respecté.

 

7_ quelle serait la bonne démarche pour promouvoir ces jeunes artistes tunisiens délaissés ?

La question est étonnante ; artistes délaissés… ceci sous-entends que les artistes doivent être épaulés, guidés. Ceci n’est pas le cas. La main mise des ministères sur le financement de la culture est néfaste. La culture se doit de trouver son propre modèle économique, viable. Malheureusement, en Tunisie, depuis toujours, les lois existantes sont contournées par tous ceux qui ont les relations qu’il faut. On appelle ca, la corruption. Ici, les télévisions, les radios, les discothèques, etc… utilisent les produits des artistes, en vivent, en font leur fond de commerce, mais ne payent aucun artiste. Les circuits de distribution, même étrangers, Carrefour, Auchan (Magasin Général), Monoprix etc… vendent des produits musicaux contrefaits, et les artistes n’y gagnent rien. La production culturelle n’est pas gratuite. Ceux qui en vivent doivent la payer. Cela n’est pas le cas. Ne vous demandez pas comment vous pouvez secourir ces pauvres artistes, demandez vous pourquoi les lois de ce pays ne sont pas respectées, au détriment des artistes.

8_penses – tu que l’état cherche à accentuer les problèmes qui proviennent de cette discipline et rendre l’art urbain comme une sorte de vandalisme ?

Partout dans le monde, l’art urbain est considéré comme destructeur. A juste titre, il tend toujours à détruire le modèle standardisé de société, parce que ce modèle nous ennuie mais ici, en Tunisie, nous sommes au-delà de cela : nous assistons à un véritable bras de fer pouvoir vs jeunes. L’état utilise des moyens illégaux, inacceptables, disproportionnés, fort de son immunité, a des fins bien définies ; terroriser les artistes afin qu’ils aient peur. Peur de critiquer, peur de dénoncer, peur des conséquences. Et là, la ligne jaune a été franchie.

 

9_ pour conclure wistar ???

Conclure ? Non non, l’histoire ne fait que commencer. En premier lieu je veux souhaiter bonne chance à A Mag. L’objectif de promouvoir les artistes tunisiens en France est une idée généreuse et j’espère vous rencontrer longtemps qu’il en soit lors de nos chemins artistiques respectifs. Ensuite, je voudrais m’adresser aux jeunes tunisiens de France. Je sais que beaucoup d’entre eux suivent les artistes de leur pays, même s’ils n’y vont que durant leurs vacances, et je leur dit, continuez, bientôt, c’est nous qui viendrons à vous. En tout cas moi, je ferai en sorte que vous ne puissiez pas m’éviter…
Nous sommes les témoins et aussi les acteurs de l’histoire de notre pays, de votre pays. De ces drames, de ses injustices, de ces combats. Nous gagnerons, vous gagnerez.
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